les trois brigands

Des imagiers, des abécédaires, des albums, des romans, des contes, des bd. Un blog tout entier dédié à la littérature pour les tout-petits et les un peu plus grands.

26 déc. 11

lber et maud

« Soir d’avril 1976. Soir de printemps. L’air sent le parfum des jeunes filles folles, celles des publicités, hardies et rieuses, qui ne le remarquent jamais, lui qui semble encore être un gamin, à presque 16 ans.

-C’est gentil à toi de venir, dit la mère de Maud, mais elle ne veut voir personne.

-Ah ? dit Liber. »

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 Liber, 15 ans, débarque chez Maud comme une tornade. Maud ne veut voir personne, ne quitte plus sa chambre. Qu’importe,  Liber s’impose à la jeune fille. Il affronte ses larmes, ses cheveux sales, ses cicatrices, son désespoir. Il l’aime malgré les larmes, les cheveux sales, les cicatrices, le désespoir. Il l’aime même si désormais, le regard de la jeune fille est vide et qu’elle ne verra plus ni les couleurs ni la lumière du jour.

Liber, le gamin que personne ne prend au sérieux, a décidé de sauver  Maud. «  La Maud d’avant était provocante, hardie, elle jouait sans cesse avec ses cheveux, elle aimait allumer les garçons, excepté lui, car elle se moquait toujours de lui (gentiment, certes) en le traitant de p’tit môme. » Un accident  l’a privée de la vue et Maud ne quitte plus son lit. Liber veut la voir vivre et rire à nouveau.  Maud le rejette. Il revient, jour après jour. Avec son humour, sa fantaisie, son franc-parler. Il se refuse à avoir pitié d’elle, mais la malmène, la brusque pour la ramener à la vie. Peu à peu, la jeune fille se laisse approcher. Il l’emmène à la piscine, au cinéma,  joue au ping-pong avec elle, lui offre un tandem. Il l’aime comme il n’a jamais aimé et comme il n’aimera jamais plus, il en est sûr. Il veut faire l’amour avec elle. Maud l’entend, comprend. Mais elle se refuse à lui. Liber persévère…

Liber et Maud, c’est une sublime histoire d’amour, d’un premier et sans doute unique amour. Nadia Marfaing analyse et décrit avec une finesse exceptionnelle la force des sentiments d’un tout jeune homme. L’amour immense, mais aussi le désir intense que Maud lui inspire. L’auteur a choisi, pour compliquer les choses, de rendre l’héroïne aveugle, ce qui fausse, bien évidemment les relations. C’est la complexité des rapports entre ses deux personnages qu’elle décortique et approfondit avec une grande intelligence. En évitant tout pathos. Liber et Maud se disputent, se disent des mots terribles. Mais ils vivent aussi des moments d’intimité merveilleux. Liber est un concentré de poésie et de fantaisie. L’auteur a imaginé des scènes merveilleuses, comme celle où installés dans le jardin, Maud et Liber se peignent mutuellement le visage. Ou cette idée de Liber d’inventer un langage où chaque mot dur de Maud veut dire je t’aime : « Dis ce que tu veux, je comprends Je t’aime ». L’obstination de Liber à faire revenir Maud à la vie, à se faire aimer d’elle,  sa confiance (presque) inébranlable, sa certitude de ne pouvoir aimer qu’elle , ses baisers fougueux,  sa patience infinie, ses colères, ses résolutions, ses idées un peu folles, son désir physique, sont tellement émouvantes. Face à cet amour fou, il y a une jeune fille attendrie, bouleversée, mais effrayée par cet amour immense que Liber lui porte. Une jeune fille indépendante au fort caractère. Maud a perdu la vue, mais pas son mauvais caractère ni sa fierté.

Un roman d’une grande force à conseiller aux lycéens. Une très belle écriture, jamais mièvre. La sexualité est abordée de manière directe et naturelle, avec des mots d’ados, comme faisant partie intégrante d’une histoire d’amour. Liber aime passionnément Maud, donc il la désire.

Liber et Maud, de Nadia Marfaing (L’école des loisirs), janvier 2012, 10 euros.

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06 déc. 11

Shaïne Cassim

Enfin une petite soirée pour partager ici cette discussion avec Shaïm Cassim, un petit matin dans un café du 14e arrondissement parisien. Un chocolat chaud, un café, des tartines…Elle était encore plus intimidée que moi au début j'ai l'impression, puis elle n'a plus arrêté de parler… Des propos d'une intelligence et d'une finesse exceptionnelles et des phrases improvisées aussi aussi jolies et maîtrisées que celles de ses livres. J'espère être fidèle à ses mots car Shaïne parle vite, vite, vite et le rythme de mon stylo avait quelque peu de mal à suivre…Mieux vaut avoir lu le livre avant la lecture de cette interview qui risque sinon de paraître un peu obscure…

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On ne trouve, sur votre roman, aucune information vous concernant…

Cela doit être un acte manqué… Je n'y avais pas prêté attention. J'ai écrit quelques romans et nouvelles. Mais pour moi, ce texte est comme un premier roman. J'avais conscience de travailler avec une personne exceptionnelle, Geneviève Brisac (ndlr : éditrice à L'École des Loisirs) qui m'a poussée beaucoup plus loin que je n'étais allée jusque là. Je n'avais pas écrit pendant plusieurs années car j'avais l'impression de me répéter. Avec Je ne suis pas Eugénie Grandet, cette sensation s'est dissipée et j'ai le sentiment d'avoir énormément avancé en un seul livre.

Votre livre évoque le premier amour, le rapport de deux soeurs, l'absence de la mère, la création artistique… Quel est le thème principal?

Comment les théâtres de la vie se répondent : le théâtre familial, le théâtre d'une relation… . Avec, comme fil conducteur, la figure effrayante de Louise Bourgeois. Je vois la vie comme plein de théâtres miniatures. La vie même de Max est théâtrale. Il y a des théâtres plus intimes comme celui de la grand-mère d'Alice et d'Anne-Louise, des théâtres gris, enneigés et sombres. Je voulais créer un morcellement joyeux. Et joyeux, ça l'est toujours, même dans les moments de gravité.

La relation d'Alice et d'Anne-Louise est primordiale dans votre livre…

Oui, mais elle n'est pas au premier plan. On a l'impression de deux filles qui se tiennent chaud, chacune à tour de rôle. Elles occupent pour l'autre le rôle de la mère. Mais j'explore aussi la manière dont les relations se tissent entre les gens, des relations gouvernées par d'autres liens que ceux de la famille. Les places bougent au sein de ce théâtre familial. Pour moi, c'était aussi une occasion de parler du théatre.

Pourquoi cette envie d'écrire sur le théâtre?

J'ai davantage été marquée par des pièces que par des films. Après avoir vu Une maison de poupée d'Ibsen, par exemple, je n'étais plus la même. Cette pièce m'a appris quelque chose sur l'aspect irréductible de la liberté et du doute. J'ai ressenti la même chose devant La Cerisaie, de Tchekhov. Avec cette pièce, quelque chose de ma propre famille m'a été renvoyé en miroir : la perte de l'enfance, des paysages, l'évocation de la maison…

Votre héroïne Alice est bouleversée par Eugénie Grandet. Et vous, quand l'avez-vous découverte?

Au lycée.Ce roman m'a fait le même effet que cette phrase de Mme Bovary, de Flaubert : "Elle fût ainsi demeurée en sa sécurité, lorsqu'elle découvrit subitement une lézarde dans le mur". Eugénie Grandet a été ma lézarde dans le mur. Ce personnage m'a fait prendre conscience que la vie pouvait s'enfuir comme un robinet mal fermé…Il est parfois tellement difficile de se lever de son siège pour regarder dehors. Eugénie Grandet est à la fois un personnage repoussoir  car on se dit qu'on ne veut jamais être comme elle, et en même temps attirant car la tentation  de s'asseoir existe… Eugénie Grandet avait hanté Louise Bourgeois. Lorsque j'ai vu l'affiche de cette exposition (ndlr : voir ICI plus d'infos sur cette exposition), j'ai été à la fois terrifiée et happée. Cette expostion reste l'un des grands moments de ma vie. J'ai été bousculée. C'est ainsi qu'est née la première nouvelle que j'ai envoyée à Genevièvre Brisac et qui constitue aujourd'hui la première partie du livre. Elle m'a dit qu'il était dommage de quitter ces personnages et j'ai écrit une deuxième nouvelle. Puis une troisième.

Le déclencheur de ce livre, c'est donc l'exposition de Louise Bourgeois…

Oui. Elle m'a brisé le cœur, mais au ralenti. Comme quand on est tout le temps au bord des larmes. J'ai relu le texte de Balzac, cette solitude d'Eugénie Grandet, cette absence autour d'elle. Elle n'est plus en mesure d'ouvrir la porte. Elle est allée dans le jardin. Et elle est revenue.

L'émotion que j'avais ressentie en lisant Eugénie Grandet est revenue lors de cette visite. J'ai encore aujourd'hui la peur de devenir comme elle. J'en aurais peur toute ma vie. Les grandes inquiétudes peuvent détruire une vie mais elles sont aussi une bénédiction. Ce qui peut vous faire effondrer est aussi ce qui vous soutient.

Qu'est-ce que c'est que de ne pas être Eugénie Grandet?

C'est quitter sa maison, son éducation, les idées avec lesquelles on a été élevés. C'est garder la capacité à ouvrir la porte du jardin. Même si on est bien dans le jardin. C'est ne pas céder au confort. Ne pas s'endormir, ne pas s'engourdir dans sa vie.

Ne pas être Eugénie Grandet c'est l'angoisse d'Alice. Informulée, cette angoisse se formalise brutalement. Elle veut être Alice, et pas seulement la sœur d'Anne-Louise, ou la fille de son père.Je pense que nous avons tous le souvenir d'un choc existenciel comme celui qu'elle vit au début du livre.

Concrètement, comment ne pas être Eugénie Grandet?

Ce n'est pas une vigie intérieure qu'on aurait en permanence, ni une vigilance métaphysique de tout instant. Mais par exemple, quand je m'entends dire quelque chose dont je suis à peine convaincue, j'essaie de faire l'effort de dire : je ne suis pas d'accord. Ne pas être Eugénie Grandet, c'est se rappeler la personne que nous avons envie d'être. C'est ne pas céder sur son désir.

 Qui êtes-vous? Alice? Sa sœur?

Je suis entre Alice et Max. Sa sœur est une espèce de diamant lumineux qui éclaire. C'est une femme que je peux admirer et aimer mais je ne peux pas lui ressembler. Il y a quelque chose chez Max qui fait un écho terrible. C'est pour cela que physiquement, il est tout le contraire de moi : il mesure 1,90m, est blond, un peu gros. J'aime sa fureur de chercher et son envie de ne pas trouver. Max constitue un point de repère dans le livre. Pour Alice, il est comme un grand-frère, pour sa sœur c'est un amoureux et pour la grand-mère, il est celui qui met un coup de pied dans la morosité de sa vie. Max est une bourrasque de neige qui met de la neige partout.  

Une amie m'a dit un jour : dans tes romans, prends le personnage le plus différent de toi physiquement et tu t'y trouveras cachée. Max se pose plein de questions sur la mise en scène. Et c'est quand ses décors sont brûlés, au sens propre, qu'il commence vraiment à créer. Je rejoins Max avec sa pièce. Comment écrit-on quand les décors ont brûlé? Et il faut que les décors aient brûlé pour écrire…

C'est-à-dire ? Qu'entendez-vous par les décors ont brûlé?

Se retrouver devant un paysage dévasté. Et construire à partir de cette dévastation. En se fiant à son intuition. On remet les compteurs à zéro. À un moment donné il faut donner un grand coup de pied pour ne pas se répéter. Il faut retourner au vide du moment où on ne sait pas comment on va faire. Être assailli. Sinon, on est dans la maîtrise et le bavardage.

Aujourd'hui, quelles relations avez-vous avec les personnages de votre roman? Imaginez-vous leur vie qui continue?

Non, par pudeur. Cela ne me regarde pas. Je pense à eux de temps en temps. Je me demande parfois, dans certaines situations, ce que ferait Max à ma place. Je m'aperçois à quel point il compte pour moi. Il met du saugrenu et de l'inattendu dans la vie.

À quel moment avez-vous trouvé le titre du livre?

En sortant de l'exposition. "Je ne suis pas Eugénie Grandet",  est la première chose que je me suis dite en sortant.

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Posté par pivoinerose à 10:06 PM - à la rencontre des auteurs - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 nov. 11

je ne suis pas eugénie grandet

"Ma sœur, je me demande comment elle est encore en liberté. C'est devenu un danger public de l'émotion incontrôlable. Je plaisante mais c'est vrai, ça, les gens qui vous bouleversent à tout bout de champ, on va finir par ne plus les supporter et les enfermer."

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J'attendais le livre qui me donnerait envie de revenir par ici. Et je l'ai trouvé. Quand on ignore tout d'un auteur, tout débute très souvent un avec titre. Je ne suis pas Eugénie Grandet : celui-ci m'a donné envie de tourner les pages. Pour un titre, c'est un titre. Une petite phrase toute simple avec son pronom personnel, un auxiliaire être tout bête, une négation et ce nom d'Eugénie Grandet…C'est beau et intrigant.

Ce titre mystérieux et ravissant tient largement ses promesses. Alice, la narratrice, a 17 ans et vit avec un papa aimant. Sa mère a plié bagage un beau jour. Sa grande sœur adorée, Anne-Louise vit sa vie de jeune femme avec Max, un beau metteur en scène de théâtre. Quelques mots sur Anne-Louise : ""Elle a vingt ans, une allure pas possible, quelque chose entre le canard et le cygne, de grands yeux qui se renversent vers le ciel quand elle réfléchit. Et mon Dieu, qu'est-ce qu'elle réfléchit. Du matin au soir, elle pense à haute voix." Et Max, ah Max : "Max est aussi excessif qu'elle. En ce moment, il se balade avec La Cerisaie sousle nez sans arrêt. On le croise avec son exemplaire annoté aux quatre coins du quartier, de leur appartement, du nôtre (…) Je dois dire que je trouve Max irrésistible. On dirait un gentil géant perdu qui de temps en temps daigne se pencher un peu sur de pauvres affaires humaines auxquelles il ne comprend rien."

Alice et Anne-Louise ont rendez-vous pour découvrir ensemble l'exposition "Louise Bourgeois : Moi, Eugénie Grandet". Une expo qui ébranle Alice, au point de tomber dans les pommes, et qui annonce le début d'un profond bouleversement chez elle. Alice veut vivre et ne pas passer à côté de sa vie comme eugénie grandet. Et elle veut vivre sa vie à elle, ce qui signifie s'affranchir de sa sœur adorée. Alice va rencontrer Alphonse, un garçon adorable, fleuriste à ses heures, les pieds sur terre ce qui n'empêche pas un brin de poésie et de fantaisie.Cette histoire c'est celle d'Alice, une jeune fille sensible, fine, lucide et attachante. Mais aussi celle d'Anne-Louise. De la grand-mère des deux sœurs. Et beaucoup celle de Max, ce "gentil géant".C'est un roman qui célèbre l'art en général et le théâtre en particulier. Qui rappelle l'impact qu'il peut avoir sur nos vies.

Ce livre est d'une grande qualité littéraire, voilà pour la forme. Mais il se lit très facilement. Et pour le fond,il est tout en intelligence, finesse psychologique, sensibilité et fantaisie. Il séduira sans doute davantage les petites jeunes filles (à partir de 13-14 ans mais sans limite d'âge aucune!) que les garçons. Il laisse des traces, secoue, invite à s'interroger sur sa vie. 

Je ne suis pas Eugénie Grandet, de Shaïne Cassim (L'École des Loisirs), 182 pages, collection Médium, 10 euros.

(et cette semaine une interview de l'auteure à lire sur ce blog)

Posté par pivoinerose à 09:42 PM - à partir de 12 ans… - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 sept. 11

iris de mouy

affaires

 

 

à l'occasion de la sortie de son dernier lire "Mes affaires" chez Hélium,
iris de mouy fait une séance de dédicaces

samedi 1er Octobre à partir de 16h

librairie Les Arpenteurs
9 rue Choron
75009 Paris
--
irisdemouy.com

Posté par pivoinerose à 07:48 PM - dédicaces et rencontres - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mai 11

mario ramos

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À la maison, Mario Ramos, c'est un peu un auteur culte. C'est moi le plus fort et C'est moi le plus beau, on adore. Tristan-petit-brigand lui, a un faible pour Le roi est occupé. Un livre animé où on ouvre des portes et des passages secrets pour retrouver le roi. Qu'on découvrira, à la fin, sur son trône. Ses toilettes quoi. Car Mario Ramos aime bien remettre les choses à leur place et nous rappeler que même les rois font caca! Et Le roi est occupé, c'est à Bruxelles, la ville de naissance (et de résidence) de Mario Ramos, que nous l'avons découvert, lors de notre premier séjour en terre belge chez Morgane & Alexis. J'ai l'air de m'égarer mais la coïncidence m'amuse. Bref, Mario Ramos, auteur ET illustrateur dessine et écrit depuis plus de quinze ans pour nos enfants. Avec toujours le même enthousiasme. Je l'ai rencontré lundi à Paris. Et c'était bien.

 

*Vous êtes auteur et illustrateur. Pour vous les deux sont-ils indissociables?

Oui. Si je dessine, c'est pour faire passer certaines choses, faire rire, réfléchir, et raconter une histoire. Lorsque je suis sur un livre, je travaille les textes et les illustrations en même temps. Déjà, enfant, lorsque je dessinais, cela s'accompagnait d'une narration. D'ailleurs, je suis plus fier de mes textes et du propos de mes livres que de mes dessins.

 

*Un album, ça démarre comment…?

Je peux partir d'un personnage, d'une situation, d'une idée. Celle d'accepter sa différence, de trouver sa place dans le monde… J'ai quelques dadas aussi : j'aime bien taquiner le pouvoir! Je travaille sur la capacité qu'a l'enfant à s'indigner, à protester, à contester l'ordre établi. Des qualités que l'on perd souvent en grandissant. Le point de départ d'un livre peut aussi être une expression, comme "un monde de cochons". Puis, un petit personnage arrive très vite et je le fais vivre. Ensuite, je suis mon premier lecteur. Si ce que je raconte m'intéresse, m'amuse, je me dis que cela peut plaire à d'autres. Parfois j'ai une idée amusante,mais ça ne va pas plus loin et je laisse tomber. Car cela ne suffit pas. Il est essentiel poour moi qu'il y ait plusieurs niveaux de lecture. Mes livres sont lus par des enfants et par des adultes qui les lisent à leurs enfants. Je veux que les parents et les grands-parents s'amusent aussi. Il faut qu'à chaque fois, il y ait quelque chose en plus. J'aime les œuvres tout public (je déteste l'élitisme) consistantes et de qualité. Tintin en est un très bon exemple! 

 

*Prenons comme exemple, votre dernier album, La peur du monstre

C'est un petit bonhomme qui a peur du monstre. Ce monstre est une petite fille…! Il y a aussi une ambiguïté : est-on dans le rêve ou la réalité ? Le dessin raconte aussi l'histoire. Par exemple, le fond est très coloré lorsque c'est la nuit, alors qu'il est blanc quand la maman est là car c'est un moment rassurant. Et puis, dans ce livre comme dans tous les autres, il y a ce que j'ai mis malgré moi. Et ça c'est magique. Parfois, grâce aux lecteurs, je me rends compte de choses dont je n'avais pas conscience au moment de la création. 

 

*Vos livres font-ils passer des "messages"?

Non. Je me méfie des solutions. J'essaie plutôt de poser correctement les questions. Chacun apporte ensuite sa réponse. De même que je n'aime pas le mot "message", je me méfie de la pédagogie. Mais j'essaie de tirer le livre vers le haut et je fais confiance aux lecteurs.

 

*Les héros de vos albums sont très souvent des animaux ou des personnages qui ne sont pas humains. Pourquoi?

Passer par l'animal offre une distance qui permet de parler de l'être humain et d'aller plus loin. Cela universalise le propos. Je n'ai rien inventé : c'est ce que fait La Fontaine avec ses Fables. Ses héros sont des animaux mais il parle des hommes… Le monstre c'est aussi celui qu'on a en chacun de nous. Idem pour le loup. Et puis, les animaux et les monstres sont plus rigolos. Et avec le rire, la communication est immédiate. Je veux que mes albums soient amusants. Les livres, c'est avant tout du plaisir, même s'ils sont là pour nous donner la force d'affronter la vie.

 

*Quel est votre rythme de travail?

J'essaie de faire deux albums par an. Il est difficile d'évaluer le temps que je consacre à un livre car je travaille sur plusieurs projets en même temps, mais c'est un gros travail. Les deux derniers mois, je ne fais que ça. Je suis très perfectionniste. Par exemple, dans La peur du monstre, j'ai eu beaucoup de mal avec la petite fille. Je voulais qu'elle soit à la fois mignonne et terrifiante. Le petit bonhomme, en revanche, est venu facilement. Mais je ne lache pas le truc tant que je suis pas entièrement satisfait. Et je décide de tout : le format du livre, le cadrage, la place du texte et sa police, la couverture…

 

*Techniquement, comment travaillez-vous?

À l'acrylique, sur papier. Le trait est fait au pinceau à l'encre de chine. Je travaille aussi parfois au pastel.

 

*À quel moment et comment se fait le choix du titre?

Au début. Toujours. L'histoire découle du titre.

 

*Parmi vos albums, certains vous tiennent-ils particulièrement à cœur?

Le monde à l'envers car c'est le premier. Avec ce livre, mon rêve est devenu réalité. Et je trouve que cet album n'a pas pris une ride. Il parle de la difficulté de s'intégrer au monde. Il touche en étant simple. J'en suis fier. Avec C'est moi le plus fort, j'ai gagné beaucoup de lecteurs. Un monde de cochons est rempli de souvenirs d'enfance. Mais le livre que je préfère c'est toujours celui que je suis en train d'écrire. À chaque fois, j'espère me dépasser et aller plus loin encore. Je suis très angoissé. Je cherche et je cherche encore.

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Dernier album paru : La peur du monstre, L'École des loisirs, mars 2011,10,50 euros.

Et Mario Ramos a un site. Pour connnaître les secrets de ses héros… c'est par ici (on choisit un livre et on clique sur la petite souris en haut à droite!) : marioramos.be


Posté par pivoinerose à 10:04 PM - à la rencontre des auteurs - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]