les trois brigands

Des imagiers, des abécédaires, des albums, des romans, des contes, des bd. Un blog tout entier dédié à la littérature pour les tout-petits et les un peu plus grands.

28 févr. 11

le farfadet

-Mon petit gars, tu perds des boulons, dit le farfadet. Tu rouilles. Tu serais comme qui dirait la honte de l'espèce que ça ne m'étonnerait pas.

Il rajusta, sur sa chevelure follette, son bonet de feutre, puis se pencha pour mieux observer son reflet dans la glace. Il se rejeta vivement en arrière.

-Oooh oui, c'est un mauvais siècle, pour toi. Un sacré mauvais siècle.

 

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Le moins que l'on puisse dire c'est que ce Farfadet (petit être immortel) est politiquement incorrect et voilà qui fait sacrément du bien! Déprimé par l'espèce humaine (ses guerres, ses luttes de pouvoir, sa capacité à détruire…) notre Farfadet a sombré dans l'alcoolisme depuis belle lurette. Il vit dans les sous-sols londoniens et est accro au gin. Un jour, dans un sursaut d'indignation et de lucidité, le voilà qui décide d'aller sauver les rhinocéros africains des chasseurs sans scrupule. Il embarque (c'est le cas de le dire) Galtzerdi le magnifique, nom donné à la barque qu'il a construite de ses mains quelques siècles plus tôt. L'originalité du récit, c'est que le petit héros (en taille) n'atteindra jamais le continent africain… Bien au contraire, tel Zigomar le héros de Philippe Corentin (lire le génial  L'Afrique de Zigomar), c'est au Pôle Nord qu'il se retrouve après avoir été embouti par un porte-avion. Point de morale facile ici : le Farfadet ne fait pas de rencontres qui vont changer sa vie, ne se réconcilie pas avec l'espèce humaine comme par enchantement. Non. Il finit congelé et n'a plus qu'à attendre la fin de l'hiver pour pouvoir sortir de son état… Le mot de la fin revient à La Maîtresse (la reine des Farfadets) qui pose sur lui un regard empreint de pitié et de tendresse et qui espère que ces mois d'immobilisation forcée le guériront de son amour pour le gin…

Jean-François Chabas signe un court roman atypique et plein d'humour. Son style est remarquable. Chaque phrase est peaufinée, travaillée et se savoure. La langue est imagée, le vocabulaire riche et précis. La mer est "la grande salée", la barque du Farfadet son "fidèle destrier". Un bonheur. Une lecture à conseiller aux collégiens dès la 6ème.

Le Farfadet, de Jean-François Chabas, L'École des loisirs, fevrier 2011, 9 euros.

Posté par pivoinerose à 09:17 PM - à partir de 10 ans - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

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    Posté par Ln, 01 mars 11 à 09:48 AM

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